Posté par: Damien Ravion Catégorie: Articles, Entrepreneuriat Mots clés: , , , , Date de publication: 31 octobre 2020

Valoriser les ressources locales : L’agroalimentaire

A la rencontre de Coraline MERIL, rentrée en Martinique afin de mettre ses compétences au service des innovations de nos territoires. Découvrez Petit Cocotier, une entreprise spécialisée dans la livraison en circuit court de fruits et légumes sains.

Pouvez-vous vous présenter ?

Coraline Méril, 30 ans, titulaire d’un bac S Physique-Chimie et issue d’une prépa PCSI au lycée de Bellevue. Après mon école d’ingénieur à Compiègne (ESCOM), j’ai réalisé mon stage de fin d’étude en R&D à Reckitt Benckiser, entreprise internationale de Consumer Goods. Ayant un attrait plus fort pour le terrain, j’ai par la suite occupé le poste d’Ingénieur commercial pendant 4 ans, à Montpellier, dans le sud de la France. Je m’occupais de vendre des process chimiques en B2B. En 2018, j’ai réalisé un Master 2 en Marketing Territorial, à l’université de Montpellier Management avant d’exercer en tant que consultante en management de projets innovants pendant 1 an. J’ai d’ailleurs écrit un article scientifique sur la communication de l’innovation suite à cette expérience. En 2019, j’ai décidé de rentrer en Martinique afin de mettre mes compétences au service des innovations de nos territoires. Actuellement je travaille au sein des  jardiniers Créoles; créateurs de Petit Cocotier. 

Pouvez-vous présenter l’entreprise dans laquelle vous travaillez ?

Petit Cocotier existe depuis 2017. Nous œuvrons dans la livraison en circuit court de fruits et légumes sains, cultivés sans pesticides ni  intrants de synthèse. Nous livrons à tous les foyers martiniquais le meilleur de nos fermes partenaires. Nos paniers de fruits et légumes peuvent être récupérés dans une vingtaine de points relais sur tout le territoire mais également en livraison à domicile ou au bureau. Nous proposons  également des oeufs extra frais de nos poules élevées en plein air. Ce sont vraiment tous les produits de la ferme que l’on sublime dans un panier. J’ai rejoint l’aventure lorsqu’ils ont gagné le prix innovation Outre-Mer l’année dernière. Nos bureaux sont au sein du  Village by CA;un accélérateur d’entreprises. C’est un lieu dédié à l’accompagnement d’entreprises ayant  déjà un marché, un chiffre d’affaire et qui veulent se consolider et croître.. C’est dans ce cadre que j’ai rejoint l’équipe en tant que chargée des opérations, afin de traduire la stratégie en actions sur le terrain, pour que l’entreprise puisse se développer.

Quel est l’intérêt de votre entreprise pour le développement du bassin caribéen ? 

L’important dans notre  métier, lorsque l’on souhaite innover,  , c’est de raisonner à l’échelle d’un territoire. A l’heure actuelle, Petit Cocotier se concentre sur la Martinique, car le parti pris c’est le circuit court afin de réduire les intermédiaires entre le producteur et le consommateur. C’est ainsi que nous assurons une meilleure rémunération de nos agriculteurs.ices. C’est donc un peu compliqué de se dire qu’on va envoyer nos paniers dans l’Hexagone ou à la Dominique pour l’instant ! Notre ambition n’est pas seulement de vendre des paniers mais d’installer une connexion entre le consommateur  et les producteurs. On a tous l’objectif de continuer  à recentrer  les méthodes  de culture  sur l’écosystème en place, et travailler avec cet écosystème  pour cultiver des produits locaux riches en saveurs et respectueux de nos sols, des hommes et des femmes qui les cultivent. 

A quoi ressemble une de vos journées types ? Quel est votre rôle au sein de l’entreprise ?

Je n’ai pas de journée type, ça n’existe pas (rires). Je peux être au Village comme à la ferme. Je me charge de définir les objectifs en faisant un point avec les fondateurs qui ont des intentions et une vision. Il faut s’assurer que l’activité soit rentable et saine, s’assurer que les actions que l’on veut mettre en place se déploient bien. Il s’agit également de trouver les ressources nécessaires en  termes de recrutement, de partenariat, de points de vente… Je peux donc avoir des jours où je cherche à recruter. Un autre jour je peux faire un point sur les chiffres car je veux plus de visibilité donc mettre en place un outil de pilotage, ou encore créer un espace collaboratif par exemple pour nos futurs  alternants. Cela peut être également de visiter un lieu pour développer un partenariat. Je peux aussi faire la rédaction de contrats commerciaux. C’est beaucoup d’écrits, de formalisations. Mais je peux également me retrouver à la ferme et  récupérer des tomates  avant d’échanger avec notre agriculteur qui me détaille son besoin afin de mieux m’orienter dans la rédaction d’un dossier de financement.

Comment avez vous géré la crise du Covid-19 ?

C’était très sportif ! On a eu de la chance d’être dans un domaine qui a été boosté par le confinement car les gens ont toujours besoin de bien manger. Il suffit de regarder l’affluence dans les supermarchés pendant le confinement : difficultés pour y accéder,  files d’attentes extrêmement longues. Cela a poussé à la consommation locale et favorisé la découverte de nos paniers. C’était donc un boom d’activité, plutôt favorable. Cela nous a quand même donné beaucoup de travail, car il a fallu accélérer le développement de nouvelles fonctionnalités . Beaucoup de nos points relais, sont des restaurants qui ont dû fermer durant la crise. Très vite on a dû mettre en place la livraison à domicile avec notre partenaire NoukaRivé également accéléré au Village. C’est là que l’on mesure l’importance de ce type de structure : l’entraide et les opportunités sont facilitées. Nous avons aussi travaillé avec la Croix Rouge et l’association Love Challenge afin de distribuer des fruits et légumes aux personnes les plus isolées, et touchées par la crise.  Il y avait aussi beaucoup de service client, car plusieurs personnes découvraient le concept et il a fallu les guider, leur faire découvrir nos univers et nos valeurs. Je me souviens encore du jour où Charlie de RCI,  a croisé l’un de nos livreurs durant  son  live instagram . Il a souhaité souligner notre démarche et a donné le numéro du service client. Beaucoup de gens appelaient d’un seul coup et il a fallu suivre. 

Au final, il y a tout de même du positif à retenir de cette période car  le confinement a aidé le territoire à s’intéresser un peu plus à d’autres modes de consommation, à se digitaliser, à découvrir la livraison à domicile… Maintenant la majorité des personnes  ont repris leurs habitudes mais nous continuons d’observer les changements.

Souvent, entreprendre c’est compliqué. Est-ce que c’est plus difficile de se lancer dans ce milieu que dans un autre ? Est-ce que ce sera compliqué pour un jeune entrant en Martinique et souhaitant créer sa startup dans ce milieu ?

On dit souvent que si tu arrives à entreprendre en Martinique, tu peux entreprendre partout. De façon générale, il est  difficile d’entreprendre sur notre territoire. Mais j’ai tendance à dire que cela fait partie de la beauté du jeu. C’est dur notamment dans l’agroalimentaire car le système historique de nos territoires est ce qu’il est,  avec une monoculture conventionnelle principalement dédiée à l’export. Au final, plus de 70% de ce que nous mangeons en Martinique est importé. Pourtant depuis quelques années on sent un besoin de changement, notamment dû aux enjeux climatiques. La Martinique est un “hotspot” de biodiversité(Il existe 36  hotspots qui  détiennent +90% de la biodiversité du monde.) Ce sont des lieux à préserver et la monoculture intensive ne le permet pas . C’est pour cela que les enjeux territoriaux se tournent vers l’agriculture diversifiée, basée sur des techniques agricoles plus respectueuses (permaculture, agroforesterie….)

On a de plus en plus d’acteurs qui disent avoir besoin de jeunes pour entreprendre. Encore faut-il leur donner les outils pour les accueillir. Depuis plusieurs années, des actions se mettent en place, la création du village by CA en est un bel exemple. De plus en plus de partenariats et des programmes de financements plus adaptés à notre territoire sont créés. Le jeune qui  souhaite entreprendre doit simplement réaliser que ça ne se passera pas comme à Paris ou à la Silicon Valley: Chaque territoire a sa réalité, et le réseau l’aidera beaucoup à s’ajuster et trouver sa place. Notre territoire est riche de ressources, mais il faut que des gens rentrent pour les valoriser. Il y a la place pour innover, à condition de s’en donner les moyens. Ce ne sera jamais facile car l’innovation naît de la contrainte…Mais c’est aussi pour cela que l’aventure est si belle..

Quelles ont été vos motivations pour rentrer en Martinique ?

J’ai toujours souhaité vivre en Martinique. En partant en France cela m’a permis de casser mes fausses croyances , et de me dire que la Martinique n’est pas pire qu’ailleurs. Je me suis rendue compte aussi que je préférais mon île à certaines régions là bas, et que nous n’avons vraiment rien à envier à l’Hexagone ou ailleurs. Partir si jeune montre à quel point tu es autonome et mature. Prendre un avion et être à 8000 km de chez soi t’obliges à t’organiser, à apprendre seul. Cela permet de mûrir beaucoup plus vite que lorsque l’on peut prendre le train  et retourner voir facilement sa famille tous les week-end. C’est cet avantage de maturité que l’on obtient et que beaucoup d’employeurs reconnaissent. Car dès 19 ans tu as déjà quitté le domicile familial pour te créer le tien, seul et loin de ta famille. Cela forge plus le caractère.

Un conseil ou un mot à passer aux jeunes antillais ?

N’ayez pas peur d’échouer. Cela m’a bloquée longtemps. Surtout après une prépa où il y a cet esprit perfectionniste d’être bon au concours et de ne pas faire d’erreurs. C’est faux ! On apprend beaucoup de ses erreurs, la Terre ne s’ouvrira pas en deux si vous échouez. Certes pendant un instant vous allez mal le vivre, mais ce n’est pas grave, c’est à force de le faire que l’on comprend. Échouer permet de comprendre ses erreurs pour réussir. On excelle, en se mettant devant le fait accompli, en essayant, en ratant et en s’améliorant.

Article rédigé par Damien RAVION, Camille SAUVER et Maëva RAMAEL du pôle communication.

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